

Les résultats financiers de SoftBank pour le trimestre clos en septembre montrent un groupe qui émerge renforcé après une période de volatilité. Le bénéfice net atteint 6,37 milliards USD (conversion de 950,6 milliards de yens au taux moyen de 149 JPY/USD), soit une nette amélioration par rapport à l’an passé. Ce redressement remarquable s’explique par plusieurs facteurs : gains d’efficacité opérationnelle dans les télécoms, optimisation stratégique du portefeuille et hausse de la valorisation des investissements technologiques.
Le chiffre d’affaires s’établit à environ 11,28 milliards USD (convertis depuis 1,68 billion de yens), tiré par la bonne performance des opérations télécoms et la valorisation accrue du portefeuille technologique. Le pôle télécommunications du groupe a affiché une résilience notable face à la concurrence, tandis que la diversification des sources de revenus a apporté de la stabilité durant les fluctuations du marché.
Le Vision Fund affiche un gain trimestriel de 3,02 milliards USD (convertis depuis 451,1 milliards de yens), principalement attribuable à des réévaluations positives et à des sorties opportunes. Ce retour à la rentabilité traduit la capacité de la direction à s’adapter aux nouvelles réalités du marché : réorientation des investissements, gestion des risques et allocation stratégique du capital pour soutenir la croissance à long terme. Les performances du fonds illustrent la faculté de SoftBank à identifier et exploiter les tendances technologiques émergentes, en particulier dans l’intelligence artificielle et la transformation numérique.
La liquidation totale de la position Nvidia par SoftBank—soit 5,8 milliards USD réalisés—suscite l’intérêt, alors que Nvidia s’impose comme l’emblème mondial de la dynamique sur les semi-conducteurs IA et atteint une valorisation record. Cependant, les observateurs du secteur et des responsables internes de SoftBank apportent des justifications claires à ce choix, révélant une réflexion stratégique aboutie derrière cette décision a priori paradoxale.
Prise de bénéfices au plus haut : Le titre Nvidia a plus que doublé sur la période récente, et la vente opérée par SoftBank a permis d’ancrer des profits exceptionnels face à des valorisations jugées excessives dans le segment matériel IA. En cristallisant les gains sur des sommets de marché, l’entreprise illustre une gestion disciplinée du capital et de la gestion des risques. Ce choix de timing se révèle décisif alors que le secteur des semi-conducteurs fait face à une volatilité accrue, sur fond de tensions logistiques et de risques de saturation de marché.
Rotation stratégique, sans retrait : Un analyste de Morgan Stanley résume la situation : « Masayoshi Son ne quitte pas l’IA en vendant Nvidia—il change de place. Le train de l’IA poursuit sa route, mais il souhaite conduire. » Cette analyse montre que cette sortie s’inscrit dans une logique de rééquilibrage et non de perte de confiance dans le potentiel transformateur de l’intelligence artificielle.
Transition vers la valeur ajoutée IA : SoftBank oriente désormais sa stratégie vers la couche applicative et les modèles IA fondamentaux, où le groupe entrevoit des opportunités supérieures à celles du matériel. La couche applicative—qui regroupe plateformes logicielles, interfaces et solutions métiers—offre des marges plus élevées, des revenus récurrents et de puissants effets de réseau, en comparaison avec le hardware. Ce repositionnement s’inscrit dans les grands cycles historiques de l’investissement technologique, où les plateformes et éditeurs captent in fine plus de valeur que les fabricants de matériel.
Réduction du risque de bulle : Un consensus de marché, y compris chez SoftBank, s’estime que la flambée des valeurs de semi-conducteurs pourrait ne pas être durable. Cristalliser les gains aujourd’hui permet de réinvestir sur des secteurs à fort potentiel de croissance à long terme tout en limitant l’exposition à une correction de marché. Les précédents historiques, de la bulle internet au boom crypto, alimentent cette approche prudente lors des pics de valorisation.
Le consensus du secteur interprète cette succession de mouvements comme une nouvelle orientation de la stratégie IA de Masayoshi Son. Les dernières annonces de SoftBank révèlent une feuille de route inédite, plaçant le groupe à la croisée de plusieurs tendances technologiques majeures.
SoftBank prépare un nouveau tour d’investissement chez OpenAI, attendu dans les prochains mois, ce qui traduit sa volonté de se positionner au cœur du développement fondamental de l’IA. Il s’agit d’un engagement dépassant le simple apport financier : ce partenariat stratégique pourrait offrir à SoftBank un accès anticipé aux technologies IA les plus avancées et à leur intégration dans l’ensemble de ses participations.
En parallèle, le groupe prévoit d’acquérir la société américaine de semi-conducteurs fabless Ampere pour 6,5 milliards USD, finalisation attendue prochainement. Cette acquisition renforce la position de SoftBank dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs, en particulier dans la conception de puces économes en énergie, un enjeu clé alors que les charges de travail IA requièrent des solutions de calcul toujours plus performantes et durables. L’expertise d’Ampere dans les processeurs serveurs ARM complète la participation existante du groupe dans ARM Holdings et ouvre des perspectives de synergies dans les data centers et le cloud computing.
SoftBank poursuit la diversification de son portefeuille avec l’acquisition de l’activité robotique d’ABB pour 5,4 milliards USD, finalisation prévue au second semestre. Ce mouvement reflète la conviction que les usages concrets de l’IA passeront de plus en plus par l’automatisation et la robotique. L’expertise d’ABB en robotique industrielle, conjuguée à l’automatisation par IA, positionne SoftBank pour tirer parti de la convergence entre intelligence artificielle et applications physiques, dans l’industrie, la logistique et les services.
Le projet le plus ambitieux consiste à engager un capital massif dans le projet Stargate, visant 500 milliards USD de capacité mondiale en data centers et une puissance de calcul inédite de 10 gigawatts. Cet investissement d’infrastructure répond au goulet d’étranglement majeur du développement IA : l’ampleur des ressources nécessaires à l’entraînement et au déploiement des modèles avancés. En maîtrisant cette couche, SoftBank ambitionne de devenir un acteur-clé de l’économie IA, à l’image de l’importance prise par les fournisseurs cloud dans l’économie internet.
Le fil conducteur de ces paris réside dans un recentrage stratégique : sortir de la domination hardware IA pour piloter les couches « application et interaction », là où l’IA s’adresse directement aux entreprises et aux utilisateurs. Selon les observateurs, « Nvidia est le visage visible de l’essor du hardware IA, mais SoftBank voit davantage d’opportunités sur la couche logicielle et les modèles fondamentaux. » Cette évolution traduit la conviction croissante du groupe : la création de valeur future se fera par les plateformes, modèles et interactions utilisateurs, sur la base des infrastructures matérielles.
L’engagement supplémentaire de 22,5 milliards USD dans OpenAI, portant la participation totale à 30 milliards, signale la conviction inébranlable de SoftBank dans la prochaine phase de l’IA. Cet investissement massif repose sur plusieurs dimensions stratégiques qui dépassent la seule logique financière.
Leadership dans l’écosystème IA : Les modèles GPT, multimodaux et agents d’OpenAI servent désormais de socle à des logiciels d’entreprise et outils de productivité, en plein essor commercial. Ces technologies sont largement adoptées dans de nombreux secteurs, de l’automatisation du service client à l’assistance au développement, ce qui fait d’OpenAI la référence de l’IA générative. Cette position crée d’importantes barrières à l’entrée et des avantages concurrentiels durables.
Économie de plateforme : À mesure que les activités logicielles et API d’OpenAI arrivent à maturité, SoftBank anticipe une croissance à forte marge, une clientèle fidèle et des effets de réseau proches de ceux des premières vagues du cloud et du mobile. Le modèle API-first rend possible une montée en puissance rapide à coût marginal réduit, et l’écosystème développeur crée des effets de verrouillage. L’expérience historique d’AWS, Salesforce et d’autres plateformes montre un fort potentiel de création de valeur.
Synergies de portefeuille : Un alignement renforcé avec OpenAI donne à SoftBank un avantage compétitif, grâce à l’intégration de l’IA avancée dans tout son portefeuille—télécommunications, services aux entreprises, logistique, robotique. Les filiales peuvent tirer parti de la technologie OpenAI pour améliorer leurs offres, générant des opportunités de ventes croisées et des gains d’efficacité. Cette stratégie transforme SoftBank d’investisseur passif en chef d’orchestre d’écosystème.
Socle d’infrastructure : OpenAI devrait devenir un client majeur du projet Stargate, faisant de SoftBank un fournisseur d’infrastructure essentiel pour la prochaine vague de besoins IA mondiaux. Cette intégration verticale, de l’infrastructure à l’application, positionne SoftBank pour capter la valeur sur plusieurs maillons de la chaîne IA, tout en réduisant sa dépendance aux prestataires externes et en améliorant sa rentabilité unitaire.
SoftBank s’est illustré par des réussites historiques (Alibaba, ARM, DoorDash, Coupang) et des revers notoires (WeWork, Wirecard). Cette trajectoire constitue un point de repère essentiel pour apprécier le virage IA du groupe.
L’investissement dans Alibaba demeure le succès le plus emblématique, transformant une mise initiale de 20 millions USD en plus de 100 milliards. Ce pari précoce sur le e-commerce chinois a démontré la capacité de Masayoshi Son à détecter des plateformes de rupture avant leur généralisation. De même, l’acquisition puis la cession d’ARM Holdings illustrent patience stratégique et sens du timing.
Toutefois, l’ère Vision Fund s’est accompagnée de revers notables. L’affaire WeWork, qui a coûté plusieurs milliards au groupe, a révélé les risques d’une stratégie orientée vers la croissance à tout prix. Le scandale Wirecard a quant à lui mis en exergue les limites de la due diligence et la complexité des investissements technologiques transfrontaliers.
Ces expériences guident aujourd’hui la stratégie du groupe : SoftBank privilégie désormais les grands paris thématiques et de long terme, qui tirent parti de son socle opérationnel et de sa taille. Le recentrage des dernières années se distingue autant par l’ampleur que par la focalisation : viser les « cerveaux » et les plateformes logicielles de l’IA, plutôt que le hardware de commodité. Cette évolution stratégique s’inspire des leçons des succès comme des échecs : privilégier des modèles économiques viables, la rentabilité, et des points de contrôle clés dans les écosystèmes technologiques émergents.
L’action SoftBank (TSE : 9984) a connu une progression significative sur la période récente, passant d’environ 36 USD (5 400 yens) fin année précédente à 66 USD (9 900 yens), soit presque un doublement. Ce mouvement s’appuie sur le retour à la rentabilité, des cessions réussies et l’optimisme du marché pour le nouveau cycle d’investissement axé IA.
Atouts pour les investisseurs :
Prime au leadership IA : SoftBank est aujourd’hui perçue comme l’un des rares groupes mondiaux capables d’influencer l’économie des plateformes IA. Cette position attire les investisseurs en quête de croissance, tout en leur permettant d’éviter les risques de concentration liés à des paris sur une seule entreprise.
Souplesse financière : Les ressources issues de la sortie de Nvidia et les solides retours du Vision Fund donnent à SoftBank une capacité d’action importante pour de nouvelles opérations. Cette puissance financière permet des investissements opportunistes et limite la dépendance au financement externe, un atout en période de volatilité ou de hausse des taux.
Croissance synergique : Les investissements stratégiques sur OpenAI, la robotique, les semi-conducteurs et l’infrastructure s’alignent sur les grandes tendances de la technologie mondiale. L’interdépendance de ces actifs peut générer des retours démultipliés, à mesure que les technologies convergent et se complètent.
Risques et points de vigilance :
Risque d’exécution : Les paris importants sur l’IA, notamment au stade précoce des plateformes, peuvent générer une forte volatilité si les calendriers de projet s’allongent. L’ampleur de projets comme Stargate augmente la complexité opérationnelle et la pression sur le capital, qui pourraient peser si les résultats tardent.
Risque de correction : Malgré la croissance, le secteur IA montre déjà des signes de surchauffe—particulièrement sur le hardware et les modèles fondamentaux. Les multiples de valorisation des titres technologiques restent élevés, ce qui expose à de possibles chocs macroéconomiques, à des évolutions réglementaires ou à des ruptures technologiques.
Risque de concentration : L’engagement fort sur OpenAI crée une dépendance à la réussite d’un acteur unique. Si OpenAI domine aujourd’hui la génération IA, le secteur reste dynamique avec de nombreux concurrents bien financés et un rythme d’innovation rapide.
Projection de cours :
Selon le consensus du secteur, en tenant compte des résultats récents, des profits réalisés sur Nvidia et des investissements en cours, l’objectif de cours sur 12 mois se situe entre 72 et 80 USD, avec un potentiel supplémentaire si OpenAI ou Stargate atteignent rapidement des jalons ou génèrent des revenus anticipés. Cette projection repose sur la poursuite de l’exécution de la stratégie et un environnement macroéconomique stable.
À l’inverse, le consensus avertit d’un risque de repli vers 55 USD en cas de correction du marché IA ou de difficultés opérationnelles. Les scénarios baissiers pourraient être déclenchés par : des restrictions réglementaires sur le développement IA, l’émergence de concurrents open source, des retards sur Stargate ou des vents contraires macroéconomiques affectant les valorisations technologiques.
Les investisseurs doivent inscrire l’action SoftBank dans le cadre d’un portefeuille diversifié, en tenant compte à la fois du potentiel de transformation de sa stratégie IA et des risques inhérents aux grands paris technologiques de long terme. Le parcours du groupe atteste d’une vision remarquable mais aussi d’erreurs ponctuelles, ce qui rend la gestion des positions et des risques essentielle.
La transformation de SoftBank ces dernières années reflète une réputation d’investisseur pionnier. En sortant de Nvidia à des niveaux historiques et en réallouant des milliards vers OpenAI, la robotique et l’infrastructure data, Masayoshi Son ne quitte pas la révolution IA : il en prend la direction.
Ce repositionnement stratégique traduit une compréhension approfondie des cycles de création de valeur technologique. Plutôt que de rester exposé à un segment matériel potentiellement surévalué, SoftBank se positionne sur plusieurs couches structurantes de la chaîne IA : modèles fondamentaux via OpenAI, infrastructure applicative par les semi-conducteurs et la robotique, et infrastructure physique avec Stargate. Cette approche diversifiée mais ciblée vise à capter la valeur sur l’ensemble de l’écosystème IA tout en réduisant la dépendance à une technologie ou un secteur unique.
Les risques sont importants, comme toujours sur la frontière technologique. Les défis d’exécution, l’incertitude sur le calendrier et l’intensité concurrentielle peuvent peser sur les résultats. L’ampleur des engagements—en particulier la participation de 30 milliards USD sur OpenAI et le projet Stargate à 500 milliards—ajoute une complexité opérationnelle et financière qui testera les capacités organisationnelles du groupe.
Cependant, pour les investisseurs en quête d’exposition aux « cerveaux » et au cœur de la nouvelle économie numérique, SoftBank demeure un acteur central à surveiller dans les prochaines années. Sa combinaison unique de ressources financières, de vision stratégique, de portefeuille opérationnel et d’audace en fait une force potentiellement structurante de l’ère IA. Reste à savoir si ce pivot rejoindra Alibaba dans le panthéon des investissements historiques du groupe, ou s’il servira de leçon. La réponse viendra dans les prochaines années, à mesure que ces initiatives ambitieuses passeront de la mobilisation du capital à la génération de revenus et à la création de valeur.
SoftBank a cédé Nvidia pour réallouer du capital vers les grands modèles IA. En ajoutant 22,5 milliards USD à OpenAI, SoftBank vise une implication renforcée dans l’écosystème IA, avec l’objectif d’obtenir des rendements futurs plus élevés grâce au leadership sur l’IA générative.
SoftBank a réalisé des succès majeurs avec Yahoo et Alibaba, même si le Vision Fund a enregistré 27 milliards USD de pertes, dont 14 milliards pour la dépréciation de WeWork. Parmi les réussites récentes figurent la valorisation d’Arm Holdings à 120 milliards USD, et SoftBank occupe désormais la première place dans le financement d’OpenAI (40 milliards USD).
Ce choix traduit un rééquilibrage de la croissance technologique entre IA, semi-conducteurs et secteurs émergents. L’attention se déplace du hardware vers les applications et l’infrastructure. Les points saillants incluent le développement fondamental de l’IA, les avancées du vol spatial commercial et le potentiel de l’informatique quantique. Cette tendance met en avant la maturité précoce des écosystèmes et des opportunités multisectorielles, au-delà de la seule optimisation algorithmique.
SoftBank a investi 30 milliards USD dans OpenAI, ce qui en fait le principal investisseur individuel. Avec une valorisation d’OpenAI à 500 milliards USD, la part de SoftBank dépasse nettement celle des autres investisseurs.
OpenAI offre un potentiel de croissance supérieur en matière de leadership IA, mais comporte des risques de réalisation technologique et de concurrence. Nvidia assure des revenus stables grâce à la demande en puces, mais sa croissance peut être limitée par les cycles du secteur des semi-conducteurs. La valorisation long terme d’OpenAI dépendra de la capacité à monétiser ses avancées en IA.
Oui. Le bilan de SoftBank dans la transformation de grands paris—d’Alibaba à ARM—atteste d’une forte capacité d’exécution. Son pivot vers les plateformes et infrastructures IA, associé à ses leviers dans les télécoms et la logistique, suggère que l’investissement OpenAI pourrait générer des retours significatifs à long terme, et potentiellement porter l’action SoftBank à 72–80 USD sous 12 mois.
En janvier 2026, la valorisation d’OpenAI pourrait s’établir autour de 830 milliards USD. L’entreprise affiche des perspectives commerciales solides, soutenues par une expansion rapide et la croissance de ses revenus. Son modèle économique présente un potentiel d’investissement important avec une trajectoire de croissance marquée.
La sortie de Nvidia réduit l’exposition de SoftBank aux actifs à risque élevé et pourrait renforcer la stabilité globale du portefeuille. Le capital sera réalloué pour optimiser la gestion des risques et diversifier vers les secteurs émergents, notamment l’IA et l’innovation technologique.











