Quand les politiciens élèvent les cartes en exergue et dénigrent le bitcoin : une farce absurde sur la nature de la monnaie

Rédigé par : Sylvain Saurel

Traduit par : Chopper, Foresight News

C’est tout simplement incroyable. Dans un monde où la mondialisation subit une inflation persistante, une dette souveraine en expansion constante et une transformation profonde du système financier international, l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson a récemment publié une déclaration économique choquante dans le Daily Mail. Quel est son argument principal ? Les cartes Pokémon sont, en essence, un investissement plus fiable que le Bitcoin.

Cet article ne provient pas d’un média satirique comme The Onion, mais d’une véritable chronique, écrite par une figure qui, il y a peu, occupait le poste de haut responsable dans un pays du G7, et qui, malheureusement, possède une compréhension fondamentale erronée de la nature de la monnaie, de la fraude et de la technologie.

Pour prouver que la cryptomonnaie la plus valorisée au monde est une « pyramide de Ponzi », Johnson cite abondamment une histoire douloureuse mais purement locale. Il raconte l’expérience d’un vieil homme de son village : ce dernier aurait remis 500 livres à un inconnu dans un bar local, qui promettait de faire doubler cette somme de façon miraculeuse. Résultat : en trois ans et demi, le fraudeur, sous prétexte de « frais » et de coûts administratifs, aurait vidé le vieil homme de 20 000 livres. Et parce que ce fraudeur a mentionné le mot « cryptomonnaie » lors de l’arnaque, Johnson en conclut catégoriquement que le Bitcoin lui-même est une escroquerie.

Un tel niveau d’analyse économique n’est pas seulement une paresse intellectuelle, mais constitue une grave désinformation pour le public, qui cherche désespérément un refuge pour sa richesse. Il est impératif de réfuter rigoureusement ces propos, non seulement pour défendre une classe d’actifs numériques, mais aussi pour dénoncer l’aveuglement évident des élites politiques.

Le coupable, c’est le voleur ou le distributeur automatique ?

Commençons par la plus flagrante erreur logique dans la déclaration de Johnson : assimiler un protocole logiciel décentralisé à une action malveillante d’un criminel.

Le Bitcoin n’a rien volé à cet homme dans le bar. Le voleur, c’est le fraudeur. Johnson dénonce ici l’un des plus anciens stratagèmes du manuel criminel : l’arnaque par avance de paiement. C’est exactement la même chose que les escroqueries par email du « prince nigérian », les arnaques sentimentales en ligne ou les escroqueries téléphoniques traditionnelles, utilisant la manipulation psychologique. Le fraudeur promet des rendements irréalistes, demande des paiements anticipés pour « débloquer » des fonds fictifs, puis disparaît dans la nature.

Le criminel du village dont parle Johnson pourrait tout aussi facilement prétendre avoir investi ces 500 livres dans le marché des devises, des pièces rares, le pont de Brooklyn ou même une carte Pokémon holographique de première génération en parfait état. La plateforme utilisée pour la fraude n’a rien à voir avec le mécanisme de l’escroquerie. La fraude repose sur la tromperie, pas sur l’actif utilisé comme appât.

Juste parce qu’un criminel utilise le nom du Bitcoin pour arnaquer un vieil homme, on en déduit que le Bitcoin est une pyramide de Ponzi, c’est aussi absurde que de dire que le dollar ou la livre sterling sont des escroqueries parce qu’on s’est fait voler à un distributeur automatique de Barclays.

Une pyramide de Ponzi est une fraude financière à définition très précise. Elle nécessite un opérateur central qui utilise l’argent des nouveaux investisseurs pour payer de faux rendements aux premiers, en maintenant l’illusion jusqu’à l’effondrement inévitable.

Le Bitcoin n’a pas d’opérateur central. Il n’a pas de CEO, pas de département marketing, pas de discours de vente, pas de siège social. Il ne distribue pas de dividendes ni ne promet de gains. C’est simplement un protocole logiciel décentralisé — un registre de transactions neutre, open source, maintenu par des milliers de nœuds indépendants à travers le monde. Accuser un registre mathématique neutre d’être un « voleur » est une erreur conceptuelle grave.

La monnaie la plus robuste de l’histoire humaine

Johnson évite délibérément une vérité objective et vérifiable : qu’est-ce que le Bitcoin, réellement, et comment il se comporte sur la scène mondiale. Il le qualifie d’illusion éphémère, ignorant une masse de données empiriques qui montrent un rôle totalement différent dans l’économie moderne.

Une échelle et une liquidité hors pair

Le Bitcoin n’est pas une petite arnaque de bar. C’est une classe d’actifs mature, avec une capitalisation de 1,42 trillion de dollars. Pour donner une image concrète, sa valeur de marché dépasse voire égalise celle de certaines des plus grandes et stables entreprises cotées au monde. De plus, son volume de transactions quotidien tourne autour de 62 milliards de dollars. Cette liquidité profonde, continue, disponible 24/7, est une caractéristique propre aux principales monnaies ou matières premières mondiales, et non d’une pyramide régionale susceptible de s’effondrer à tout moment.

Une transparence sans précédent

L’histoire de cette arnaque en bar est ironiquement révélatrice : si cet homme avait réellement acheté et conservé lui-même ses Bitcoins, il aurait été en contact avec le réseau financier le plus transparent de l’histoire humaine. Le Bitcoin fonctionne sur une blockchain publique. Depuis le premier bloc de la genèse, en 2009, chaque transaction est enregistrée de façon permanente, vérifiable par tous. Quiconque a accès à Internet peut auditer l’intégralité du réseau. Contrairement aux banques traditionnelles, qui opèrent dans des silos d’informations fermés, où la confiance repose sur des institutions opaques et souvent manipulatrices, le Bitcoin fonctionne de manière totalement ouverte, basée sur la cryptographie et la vérité mathématique, non sur des promesses d’entreprise.

Une performance inégalée

Si l’on parle de valeur d’investissement, c’est aussi l’objectif que Johnson cherche à contrecarrer en comparant avec Pikachu, mais les données concrètes lui sont très défavorables. Depuis sa création, dans n’importe quel cycle de quatre ans, le Bitcoin a surpassé toutes les monnaies fiat, tous les indices boursiers et tous les métaux précieux.

Ce cycle de quatre ans n’est pas choisi au hasard ; il correspond au cycle de « halving » intégré dans le protocole. Tous les quatre ans, la nouvelle offre de bitcoins aux mineurs est automatiquement divisée par deux, grâce à un mécanisme de code qui impose une rareté absolue. Malgré la volatilité à court terme, la tendance à long terme est à la hausse, alimentée par une adoption mondiale croissante et une offre limitée à 21 millions d’unités.

L’inflation à 11 % : comment la politique de quantitative easing détruit la livre

La partie la plus hypocrite et la plus révélatrice de la chronique de Johnson est sa prétendue défense philosophique des monnaies fiduciaires. Pour expliquer la valeur de la livre ou du dollar, et pourquoi le Bitcoin n’en aurait pas, il cite la Bible. Plus précisément, il évoque la phrase de Jésus : « Rends à César ce qui appartient à César. »

Johnson pense que la monnaie doit porter le « visage de César » pour avoir une valeur intrinsèque. Selon lui, la valeur ne vient pas de la rareté, de l’utilité ou du consensus, mais de l’autorité, des lois et de la menace implicite de la force de l’État.

Mais que se passe-t-il lorsque César abuse de son pouvoir d’émission monétaire ?

Le gouvernement de Boris Johnson, qui a mené une politique monétaire à deux chiffres d’inflation, en est la preuve. Pour comprendre à quel point il est absurde de comparer un ancien Premier ministre à une pyramide de Ponzi, il faut examiner le fonctionnement de la Banque d’Angleterre, notamment le mécanisme de la « quantitative easing » (QE).

Pendant le mandat de Johnson, surtout durant la pandémie de COVID-19, le gouvernement britannique a eu besoin de fonds massifs pour financer des programmes de congé massif et des initiatives de santé publique. En raison d’un déficit historique non couvert par les impôts, il s’est tourné vers la Banque d’Angleterre.

Grâce au QE, la Banque d’Angleterre a créé de toute pièce des centaines de milliards de livres. Elle a utilisé ces réserves numériques nouvellement créées pour acheter des obligations d’État auprès des institutions financières privées. Entre 2009 et 2021, le programme d’achat d’actifs de la banque centrale a atteint un total impressionnant de 8950 milliards de livres, et durant le mandat de Johnson, cette accélération a été encore plus marquée.

Cette politique a inondé le système financier de monnaie nouvelle. La masse monétaire M4 du Royaume-Uni a explosé.

Les lois économiques sont simples et implacables : si l’offre de monnaie augmente fortement alors que l’offre réelle de biens et services stagne ou diminue, comme lors des confinements ou des ruptures de la chaîne d’approvisionnement, les prix des biens augmentent inévitablement. Plus de livres sterling poursuivent moins de biens.

Pour toute personne connaissant l’histoire monétaire, le résultat est évident. Fin 2022, l’inflation des prix à la consommation au Royaume-Uni a atteint un sommet de 11,1 %.

Que signifie ce chiffre pour le citoyen lambda ? Cela veut dire que l’argent dans son compte bancaire — celui portant « l’effigie de César » — a perdu plus de 10 % de sa valeur en un an. Cela se traduit par une explosion des factures d’énergie, une hausse des prix alimentaires, et une crise du coût de la vie qui frappe durement les classes moyennes et les salariés. Ce n’est pas une simple arnaque de bar, mais une dilution systématique de la richesse collective orchestrée par le gouvernement et la banque centrale.

De plus, cette énorme dette a provoqué une crise historique sur le marché des obligations d’État. La volatilité du marché souverain a été si extrême que la Banque d’Angleterre a dû intervenir en urgence pour acheter des obligations, évitant ainsi la faillite des fonds de pension.

En regardant plus loin dans le temps, le tableau des monnaies fiduciaires devient encore plus sombre. Depuis la création de la Banque d’Angleterre en 1694, la livre a perdu plus de 99 % de sa valeur. Les banques centrales du monde entier ont pour objectif officiel une dépréciation annuelle de 2 %, mais comme nous l’avons vu sous Johnson, elles dépassent souvent cette limite, laissant l’inflation s’envoler bien au-delà.

Un politicien impliqué dans ce système, responsable de la dévaluation continue des économies populaires, qui critique ensuite une ressource strictement limitée et décentralisée comme étant une « escroquerie », c’est une ironie totale. Le système monétaire fiduciaire repose sur une dilution constante du pouvoir d’achat du public pour couvrir l’endettement sans fin des États. Si l’on cherche une machine à voler la richesse des naïfs, il suffit de regarder la machine à imprimer de la City de Londres.

Ce n’est pas la faute de Pikachu, c’est l’ignorance des politiciens

Arrivés à ce point, il est temps de revenir à Pikachu.

Johnson affirme qu’une simple feuille de papier avec un dessin de souris est une meilleure réserve de valeur que le Bitcoin, ce qui témoigne d’une ignorance financière totale. Certes, le marché des objets de collection rares est très actif. Une carte Pokémon holographique de première génération, en raison de sa rareté, de son état et de sa valeur sentimentale, peut atteindre des prix élevés en vente aux enchères. Mais une carte à collectionner n’est en rien une monnaie.

On ne peut pas diviser une carte Pokémon en 100 millions de petites unités interchangeables pour acheter un café ou un pain.

On ne peut pas envoyer instantanément une carte Pokémon à un proche au Salvador, ni effectuer une transaction immuable sur un registre inaltérable, sans intermédiaire.

On ne peut pas vérifier la authenticité d’une carte Pokémon par cryptographie sans dépendre d’un organisme de notation centralisé comme PSA, qui coûte cher et peut introduire des erreurs humaines.

Le Bitcoin représente une révolution technologique et économique profonde : la première réalisation d’une rareté numérique absolue et vérifiable. Il permet pour la première fois dans l’histoire de stocker de la richesse dans un réseau décentralisé, sans risque de manipulation ou de censure par un CEO, un conseil d’administration ou un Premier ministre.

Lorsque des politiciens comme Boris Johnson, en utilisant des exemples locaux tragiques et des analogies absurdes, ridiculisent cette innovation, ils portent atteinte aux intérêts du public. La véritable culture financière est la seule défense contre les escroqueries de bar et l’appauvrissement silencieux par l’inflation orchestrée par la banque centrale.

Le vieil homme du village de Johnson a été sans doute victime d’un voleur ordinaire, pas d’un algorithme. Pendant ce temps, des dizaines de millions de Britanniques subissent chaque jour le pillage du système fiduciaire, leur pouvoir d’achat étant continuellement érodé, tandis que leurs anciens dirigeants comparent un réseau monétaire mondial de plusieurs trillions de dollars à un jouet pour enfants.

Nous méritons un débat économique de niveau supérieur. La croyance aveugle que le visage de César peut protéger notre richesse touche à sa fin. L’ère des monnaies décentralisées, vérifiables et solides ne fait que commencer.

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