Le secret de la traversée des cycles : ce que les clubs de football centenaires peuvent enseigner à Web3 sur la survie

Auteur : Zen, PANews

Si l’on considère les clubs de football centenaires en Europe comme un échantillon à long terme d’un « produit communautaire », ce qui impressionne réellement n’a jamais été le nombre de trophées, mais la capacité à faire en sorte que différentes générations, classes sociales, voire nationalités, aient continué à investir du temps, de l’argent et de l’émotion pendant un siècle pour préserver une même communauté.

Cela touche précisément au défi central des startups Web3 : l’industrie aime discuter de croissance, d’incitations, de tokens et de gouvernance, mais manque souvent d’un sentiment d’appartenance et de confiance capable de traverser les cycles. La popularité arrive vite, elle s’évanouit aussi rapidement ; de nombreux projets ressemblent à des étoiles filantes dans le ciel nocturne, passant rapidement, puis sombrant dans le silence ; la plupart des tentatives de DAO débutent dans un utopisme idéaliste, mais finissent par des conflits d’intérêts égoïstes.

Et si l’on remonte dans le temps à l’époque de la naissance des clubs de football, on découvre une logique plus simple, plus long-termiste : ces clubs n’ont pas été créés pour servir la volonté commerciale d’un propriétaire, mais pour représenter la communauté et les supporters, ce qui correspond parfaitement à l’accent mis par l’industrie Web3 sur le « communautaire ». C’est pourquoi, en revenant aux origines de ces clubs centenaires, on pourrait trouver une référence plus fiable pour la construction de communautés Web3.

Identité et appartenance culturelle

En 1878, dans une taverne ouvrière en banlieue de Manchester, une journée, des ouvriers de la locomotive ferroviaire, après le travail, se sont mis à crier de joie, discutant avec excitation de la création officielle d’une équipe de football. Peu après, ces ouvriers de la voie ferrée ont fondé une équipe à Newton Heath, avec un maillot aux couleurs emblématiques vert et or de la compagnie de chemin de fer, et même les vestiaires étaient loués dans une taverne voisine. Ainsi, une équipe fondée par des ouvriers ordinaires est née discrètement — c’est l’ancêtre de Manchester United, géant de la Premier League.

Ce genre d’histoire n’est pas une exception pour Manchester United. Sur le continent européen, de nombreux clubs centenaires sont enracinés dans des quartiers ouvriers et la culture locale, la pratique du football étant profondément ancrée dans les communautés industrielles dès ses débuts.

En 1899 en Espagne, Hans Gamper, un jeune Suisse cherchant à jouer dans un pays étranger, a publié une annonce dans un magazine sportif local, cherchant des partenaires pour former une équipe. Cette annonce marque aussi le « vrai lancement » du FC Barcelone : un groupe international composé de Suisses, Catalans, Anglais et Allemands s’est rassemblé au stade de Sorel pour fonder le club.

L’objectif de Gamper était de créer une organisation ouverte à tous, sans distinction d’origine, où chacun pourrait s’exprimer librement, favorisant l’intégration sociale et la création d’une société démocratique gérée par ses membres. Pour exprimer sa gratitude envers la Catalogne qui l’a accueilli, Gamper a insufflé l’essence de l’identité culturelle catalane dans le FC Barcelone, ce qui a depuis défini l’image du club.

Et l’histoire récente de la Juventus, qui a refusé l’acquisition par la société de stablecoins Tether, est également très communautaire. La version officielle de la Juventus est simple et directe : en 1897, un groupe de lycéens de Turin a eu l’idée de créer une équipe sur un banc dans une rue du centre-ville, et le club est né de là. Mais ce qu’il faut surtout apprendre de la Juventus, c’est comment elle a dépassé la limite géographique du « club urbain » : la Juventus bénéficie d’un soutien national en Italie, en partie grâce à l’immigration du sud — permettant aux migrants de considérer leur soutien à la Juventus comme une façon de s’intégrer dans la vie urbaine.

En regardant l’histoire des clubs européens historiques, il est évident que, lors de leur phase de création, les symboles d’identité et les rituels jouent un rôle crucial : couleurs, nom, emplacement du stade, etc., renforcent l’appartenance communautaire, et ils savent utiliser symboles et histoires pour se forger une identité, suscitant fierté et reconnaissance chez les supporters ordinaires.

Par exemple, en 1883, lorsque l’équipe de Blackburn Olympic est devenue la première équipe ouvrière à remporter la FA Cup, toute la région du Nord de l’Angleterre s’est réjouie, la considérant comme la victoire des classes populaires sur l’élite. Cette narration de l’outsider qui triomphe a encore alimenté la passion des supporters locaux, permettant au club de gagner ses premiers fans dévoués, comme une boule de neige.

Pour la communauté Web3, la création et l’émergence communautaire des clubs de football centenaires offrent aussi une leçon. En exploitant pleinement la culture et la force des grassroots, les projets peuvent dès leur genèse définir leur identité, leur appartenance culturelle et leur mission. Tout comme les ouvriers de l’ère industrielle se rassemblaient autour de passions communes, de leur ville ou de leur classe sociale, la communauté Web3 peut se rassembler autour de valeurs ou de visions communes.

Les projets Web3, dans leur jeunesse, doivent aussi définir leur identité et leur noyau d’utilisateurs. En s’inspirant des clubs de football, les équipes doivent élaborer des symboles d’identité clairs et des histoires pour leur communauté. La communauté doit trouver un « foyer spirituel » qui suscite l’émotion, comme une foi décentralisée, une sous-culture ou une mission pour résoudre des problèmes concrets, servant de terreau culturel. En insistant sur cette identité et ce sentiment d’appartenance, ils attireront spontanément des participants partageant les mêmes valeurs, posant ainsi les bases d’une croissance future solide.

Respecter et croire en la puissance de la communauté

Le parcours centenaire d’un club de football n’a pas toujours été facile. Qu’il s’agisse de crises financières, de turbulences dans la gestion ou de tempêtes extérieures, ce qui a permis à beaucoup de vieux clubs de rester debout, ce n’est pas un mécène ou un politicien, mais la communauté unie derrière eux. Face à la crise, ce sont souvent ces gens ordinaires qui considèrent le club comme une partie de leur vie qui se lèvent pour le défendre.

« Dans un club de football, il y a une trinité sacrée — les joueurs, l’entraîneur et les supporters. Les administrateurs n’y participent pas, ils ne font que signer des chèques. » Telle est la vision de Bill Shankly, légendaire entraîneur de Liverpool, sur l’essence du football.

À la fin des années 2000, Liverpool était en crise, acculée par une dette énorme sous la propriété d’un ancien propriétaire américain, avec des résultats sportifs et financiers au bord de l’effondrement. Les supporters, en hommage à l’entraîneur emblématique Shankly, ont créé l’organisation « Spirit Of Shankly » (SOS), pour protester contre la mauvaise gestion de la direction. Entre 2008 et 2010, de nombreuses manifestations ont eu lieu à Anfield, avec banderoles, sit-in après les matchs, et même un soutien judiciaire à Londres.

Finalement, la détermination des supporters a forcé le départ du propriétaire indésirable, et le nouvel investisseur a rapidement stabilisé la situation. « Le lien unique du club réside dans la relation sacrée entre supporters et équipe, c’est notre cœur qui bat », a déclaré la nouvelle direction dans une lettre aux supporters, s’engageant à changer. Pendant plusieurs années, le prix des billets a été gelé pour restaurer la confiance. Ces épisodes montrent que, lorsque le club perd sa voie, c’est la communauté qui le ramène sur le bon chemin.

Autre exemple, au milieu des années 2010, Dortmund, après une période d’excès, s’est retrouvé au bord de la faillite en 2005. Au moment critique, le groupe de supporters a lancé des manifestations et le mouvement « We Are Dortmund », appelant la ville à aider. Des dizaines de milliers de supporters en jaune et noir ont chanté dans le stade, collecté des fonds pour sauver le club, et les joueurs ont volontairement réduit leur salaire de 20 % pour faire face à la crise.

Finalement, grâce à l’action conjointe des autorités locales, des entreprises et des supporters, le club a surmonté la crise et renaît. La renaissance de Dortmund a transformé cette expérience en une nouvelle culture : le slogan « Echte Liebe » (Vraie Amour) souligne l’esprit de Dortmund, basé sur un soutien inconditionnel. Un milieu de terrain du club a déclaré : « La vraie amour, c’est un amour inconditionnel — c’est l’esprit de Dortmund, notre force. »

Il apparaît donc que, dans les moments difficiles, ce qui permet vraiment aux clubs de traverser la tempête, c’est le lien indestructible avec la communauté. Cette force vient de chaque supporter ordinaire, qui voit le club comme une cause commune et un honneur. Lorsqu’un environnement extérieur est instable, la communauté de fans devient un soutien inébranlable pour l’avenir de l’équipe.

Plus encore, certains clubs intègrent la communauté dans leur gouvernance, renforçant ainsi leur résilience face aux risques. En Espagne, le FC Barcelone et le Real Madrid maintiennent toujours un système de membres, sans dividendes pour les actionnaires, et le président est élu par tous les « Socios ». Le Barça compte plus de 150 000 membres, ce qui en fait le plus grand club à gouvernance par ses membres au monde. Cette propriété dispersée empêche qu’un seul consortium ne contrôle le club, et les décisions importantes doivent prendre en compte l’intérêt de la majorité. Par exemple, dans les années 2010, malgré des difficultés financières, le FC Barcelone a refusé une acquisition par des capitaux extérieurs, grâce au vote de ses milliers de membres, protégeant ainsi son indépendance.

De même, la majorité des clubs allemands suivent la règle « 50+1 », garantissant que les supporters et membres détiennent la majorité des voix. Ce système fait du club un bien commun, et en cas de crise, les supporters ne restent pas passifs, mais participent activement aux décisions, pour surmonter ensemble la tempête.

Les projets Web3, qui mettent l’accent sur la communauté, disposent naturellement d’un avantage technologique pour impliquer la communauté dans la gouvernance et le partage des bénéfices, s’inspirant des clubs centenaires pour construire une gouvernance et des incitations plus résilientes.

D’abord, promouvoir une véritable co-construction et gouvernance communautaire. Comme les clubs membres donnent le droit de vote aux supporters, les projets Web3 peuvent utiliser des tokens ou des DAO pour permettre aux utilisateurs de voter sur des propositions importantes, renforçant leur sentiment d’appartenance et de responsabilité. Lorsqu’un projet traverse une crise ou subit une attaque de hackers, ces membres profondément liés à la communauté seront plus enclins à contribuer plutôt que de partir.

Ensuite, concevoir des incitations en tokens pour lier les intérêts. En s’inspirant des abonnements saisonniers ou des actions dans un club, émettre des tokens avec des droits de gouvernance ou de partage des bénéfices, permettant aux membres à long terme de bénéficier de droits accrus. Quand la communauté investit économiquement et émotionnellement, face à un marché baissier, elle sera plus susceptible de continuer à détenir, à aider à améliorer le projet plutôt que de vendre.

De plus, la motivation spirituelle est la plus difficile à copier, mais aussi la plus essentielle. Le soutien des fans de football est souvent un investissement affectif sans contrepartie. La communauté Web3 doit aussi cultiver ce lien spirituel, par exemple en communiquant sincèrement en période difficile, comme le nouveau propriétaire de Liverpool qui admet ses erreurs, ou en exprimant du respect et de la gratitude envers ses utilisateurs. Lorsqu’ils ressentent la sincérité du projet et leur sentiment d’appartenance, ils resteront plus fidèles, voire encourageront d’autres à soutenir le projet pour traverser la tempête.

Figures légendaires et totems spirituels

Au fil du temps, les clubs de football ont souvent façonné des figures légendaires. Qu’il s’agisse de héros sur le terrain ou de coachs emblématiques derrière la scène, ces personnages vivants deviennent la mémoire collective et le sujet de conversation de la communauté, mais aussi des « ancrages » et des « totems » spirituels dans la narration du club.

Dans les années 60, Liverpool, sous la direction de Bill Shankly, a non seulement ramené le club en première division et remporté des titres, mais a aussi laissé une empreinte indélébile dans le cœur des supporters par sa personnalité. Né dans une famille de mineurs écossais, croyant en une philosophie footballistique socialiste, il prônait le travail d’équipe, la solidarité. Selon la légende, Shankly disait souvent dans le vestiaire : « Je ne suis qu’un supporter ordinaire dans les tribunes, mais je suis aussi l’entraîneur. Vous, supporters, et moi, nous sommes une seule famille. » Beaucoup de ses citations restent gravées dans la mémoire des Reds.

Dans son autobiographie, Shankly écrit : « Dès le début de ma carrière d’entraîneur, j’ai voulu montrer aux supporters que c’était eux qui comptaient le plus. Il faut savoir comment leur parler, comment gagner leur soutien. » C’est ainsi qu’il pensait, et qu’il agissait. En avril 1973, lorsque Shankly et son équipe ont montré la trophée de champion à la Kop d’Anfield, il a vu un policier jeter un foulard de Liverpool encore autour de son cou. Shankly l’a ramassé, l’a mis autour du sien, et a dit au policier : « Ne fais pas ça, c’est précieux. »

Shankly insistait sur l’importance de communiquer avec les supporters, utilisant la radio pour expliquer les changements dans la composition de l’équipe ou ses impressions sur le dernier match. Il répondait personnellement aux lettres des supporters avec une vieille machine à écrire. Il n’hésitait pas à obtenir des billets pour des supporters qu’il estimait mériter, et écrivait dans son autobiographie : « Si c’est raisonnable, je donnerai tout ce que je peux. »

En 1981, à sa mort, des milliers de supporters sont descendus dans la rue pour lui rendre hommage. Depuis, Shankly n’est pas seulement un entraîneur légendaire, mais aussi un symbole de l’esprit de Liverpool. C’est pourquoi, lorsque des supporters ont créé une organisation pour protester contre un mauvais propriétaire, ils l’ont nommée « Spirit Of Shankly » — en hommage à cette figure mythique, pour rassembler et unir. Cela montre l’impact énorme qu’un leader charismatique peut avoir sur la narration communautaire : leur personnalité et leur histoire deviennent un symbole, guidant et inspirant toute la communauté.

Dans chaque grand club, il y a aussi des figures emblématiques adorées par les supporters. Sir Matt Busby et Sir Alex Ferguson pour Manchester United, qui ont forgé la dynastie des Red Devils, incarnent la passion et la sagesse dans le cœur des fans ; Johan Cruyff pour le FC Barcelone, à la fois héros de joueur et entraîneur, qui a instauré le « Dream Team » et le style de jeu de possession, emblématique du club.

On peut dire que, dans chaque grande histoire de club, ces figures légendaires donnent vie et couleur. Leurs gestes, leurs moments de gloire, deviennent la mémoire collective, et se transforment en vecteurs narratifs et en repères spirituels pour la communauté.

Dans la communauté Web3, bien que le contexte soit différent du football, l’utilisation de « figures clés » pour façonner la narration communautaire est tout aussi essentielle. Les membres clés ou ambassadeurs du projet peuvent, par leur charisme, renforcer la cohésion communautaire. Il ne s’agit pas de promouvoir le culte de la personnalité, mais parfois, en exploitant la valeur et l’histoire d’un leader, on peut offrir une direction claire et inspirante à la communauté.

Ces figures clés doivent aussi respecter des normes éthiques et professionnelles, interagir activement avec la communauté, rester transparents et sincères, et, comme Shankly respectait ses supporters, leur témoigner un vrai respect et une véritable affection. En utilisant habilement l’influence des stars et des membres clés, on peut offrir à la communauté Web3 un puissant levier narratif, suscitant l’émotion et la fidélité à long terme, comme les clubs centenaires qui, à travers leurs légendes, lient plusieurs générations de supporters.

Il faut toutefois faire attention à ne pas trop dépendre d’une seule star, car cela comporte des risques. Ainsi, les équipes Web3 doivent, tout en valorisant l’effet star, aussi cultiver un sentiment d’appartenance global, pour que, même si la figure clé quitte le projet, l’esprit de la communauté puisse se transmettre à travers des institutions et une culture, assurant la continuité de la narration.

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