Approbation de la banque centrale, émission par les banques, circulation sur la chaîne : quel type de réseau financier numérique national l'Emirats Arabes Unis est-il en train de tisser ?

Rédigé par : Liang Yu

Revu par : Zhao Yidan

Le 7 janvier 2026, le secteur bancaire des Émirats arabes unis a annoncé une nouvelle d’importance : la RAKBank (Banque de Ras Al Khaimah), située à Hail Maqta, a officiellement déclaré avoir obtenu l’approbation préalable de la Banque centrale des Émirats arabes unis pour émettre sur le marché un jeton de paiement indexé à 100 % sur le dirham des Émirats arabes unis, c’est-à-dire un stablecoin dirham.

Selon le plan divulgué, cette stablecoin qui sera bientôt lancée sera entièrement garantie par des dirhams légaux détenus dans un compte de régulation indépendant. Il ne s’agit pas d’une aventure technologique, mais d’un produit strictement conforme au cadre réglementaire actuel — émis et géré via des smart contracts audités à l’avance, avec la promesse de fournir une preuve de réserve en temps réel vérifiable, intégrant la « conformité » et la « transparence » dans son ADN de conception.

Pour cette banque traditionnelle, qui permet déjà à ses clients particuliers de négocier des cryptomonnaies, cette initiative ne se limite pas à une simple extension de produits. Elle marque une étape clé dans la stratégie de digitalisation des actifs : passant du rôle de « prestataire de services » offrant une plateforme de trading, à celui d’« émetteur » de monnaies native sur la blockchain, régulées et créant des créances en monnaie.

Cela représente non seulement une évolution commerciale pour une banque, mais aussi une pièce supplémentaire dans l’échiquier soigneusement construit par les Émirats pour leur écosystème financier numérique national. Sous la conception de la monnaie numérique de la banque centrale (digital dirham), des banques commerciales agréées, telles que RAKBank, sont désormais autorisées à participer, tissant ensemble un réseau futuriste de paiements et de digitalisation des actifs. Une course silencieuse pour « qui pourra émettre en premier des actifs fondamentaux sur la blockchain » s’est ainsi intensifiée, avec l’entrée en scène d’un acteur de poids disposant d’un « ticket » de crédit traditionnel.

I. Les quatre piliers du stablecoin de RAKBank

Le stablecoin dirham de RAKBank, récemment approuvé, illustre un modèle d’émission relativement complet et référentiel dans le cadre réglementaire actuel. Ce plan s’articule autour de quatre éléments clés, chacun répondant aux exigences essentielles de la tokenisation d’actifs.

Le rôle de l’émetteur, en tant que banque agréée, constitue la base de confiance de tout le dispositif. En tant que banque commerciale agréée aux Émirats, RAKBank bénéficie d’un système de crédit établi de longue date, permettant de résoudre la question cruciale de la « source de confiance » dans la tokenisation d’actifs. Contrairement à de nombreux stablecoins émis par des entreprises technologiques, la participation d’une institution financière traditionnelle offre un mode de crédibilité différent dans ce domaine émergent.

La réserve intégrale et la séparation des comptes garantissent la véracité et la sécurité des actifs sous-jacents. Selon le plan, chaque stablecoin en circulation sera garanti par une quantité équivalente de dirhams stockés dans un compte de régulation indépendant. Ce mécanisme d’ancrage 1:1 et de séparation des actifs vise à dissiper les doutes du marché sur la suffisance des réserves, tout en offrant aux investisseurs une prévision claire de remboursement.

Les smart contracts et la transparence des audits constituent la couche technologique d’exécution. La gestion de l’émission et de la circulation des tokens via des smart contracts audités, avec la promesse de fournir une preuve de réserve en temps réel, améliore non seulement l’efficacité opérationnelle, mais crée aussi un nouveau mécanisme de transparence permettant aux acteurs du marché de vérifier directement la couverture des actifs.

Un cadre réglementaire clair délimite les frontières de la conformité. Toute l’émission sera encadrée par la réglementation des « services de jetons de paiement » des Émirats, qui exige une réserve à 100 %, la détention dans un compte séparé, et interdit explicitement les stablecoins algorithmiques et les tokens de confidentialité. Cette approche « réglementaire d’abord » diffère du modèle traditionnel de la fintech, qui privilégie l’innovation avant la régulation.

II. La stratégie numérique des Émirats : comment les acteurs se positionnent ?

RAKBank n’est pas le seul acteur dans ce domaine, qui évolue déjà avec plusieurs concurrents. Comprendre cette configuration concurrentielle permet d’avoir une vision globale de l’écosystème financier numérique des Émirats.

La coexistence de multiples émetteurs est une caractéristique marquante du marché actuel. En novembre 2025, Zand Bank a lancé le premier stablecoin dirham réglementé basé sur une blockchain publique multi-chaînes. La banque communautaire Al Maryah a obtenu plus tôt l’approbation pour son AE Coin, déjà utilisée dans un pilote de paiement par cryptomonnaie pour les services gouvernementaux. Par ailleurs, la plus grande banque des Émirats, la First Abu Dhabi Bank, a annoncé son projet de lancer son propre stablecoin dirham. La participation de ces institutions aux profils variés reflète un optimisme général pour ce secteur.

L’entrée d’acteurs internationaux enrichit la compétition. Des sociétés blockchain renommées comme Circle et Ripple ont également obtenu des licences pour émettre des stablecoins aux Émirats, indiquant que l’écosystème numérique du pays ne se limite pas aux acteurs locaux, mais s’ouvre aussi à l’innovation internationale. Cette ouverture pourrait être liée à la volonté des Émirats de devenir un centre mondial de finance numérique.

Une structuration en couches pourrait constituer la tendance future. Bien que le marché présente actuellement une « coexistence de plusieurs émetteurs », il est probable qu’il évolue vers une hiérarchie : stablecoins semi-publics pour les paiements gouvernementaux et la compensation transfrontalière ; stablecoins émis par des banques principales pour les règlements entre clients institutionnels ; et des tokens d’usage pour des secteurs ou scénarios spécifiques. Ces différentes couches différencieront leurs fonctions, leurs exigences réglementaires et leurs cibles.

La planification globale de la banque centrale fournit un cadre de conception supérieur. Le « Plan de transformation des infrastructures financières » lancé par la Banque centrale des Émirats vise à faire du pays un centre financier mondial via une série d’initiatives numériques. Dans ce contexte, l’émission de stablecoins conformes par le secteur privé peut être vue comme une étape stratégique pour bâtir un écosystème financier numérique complet, tout en préparant le terrain pour une éventuelle monnaie numérique de banque centrale (CBDC).

III. De rôle secondaire à rôle central : la transition silencieuse des banques

Le projet de stablecoin de RAKBank ne se limite pas à une nouvelle offre, mais incarne une transformation exploratoire du rôle des banques commerciales dans le domaine des actifs numériques. Cette évolution pourrait influencer la structure future du système financier.

Les limites du rôle traditionnel incitent les banques à rechercher de nouvelles positions. Jusqu’à présent, leur rôle dans la sphère des actifs numériques se limitait à des fonctions auxiliaires, comme fournir des comptes aux exchanges ou permettre à leurs clients de négocier des cryptomonnaies, jouant essentiellement le rôle de « pont » entre la finance traditionnelle et le monde numérique. Bien que crucial, ce rôle n’a pas permis de tirer pleinement parti des capacités fondamentales des banques en matière de création de crédit et de gestion des risques.

L’expérimentation du rôle d’émetteur ouvre de nouvelles perspectives. En émettant leur propre stablecoin sur la blockchain, les banques ne se contentent plus d’être un « pont », mais tentent de devenir des « créateurs » d’actifs natifs de la blockchain. Il s’agit en substance de standardiser et de programmable la principale dette des banques — les dépôts. Si ce modèle s’avère viable, la fonction des banques dans l’écosystème des actifs numériques s’en trouvera élargie.

Une évaluation prudente de la scalabilité est une attitude rationnelle essentielle. Il faut préciser que la tokenisation de la créance monétaire ne garantit pas automatiquement la réussite de la réplication d’autres types d’actifs RWA. Les stablecoins monétaires ont l’avantage d’une nature juridique simple et d’un ancrage de valeur clair, tandis que des actifs comme les obligations ou parts de fonds impliquent des problématiques plus complexes de distribution des revenus, de risques de crédit et de hiérarchie en cas de faillite. La démarche de RAKBank pourrait donc plus précisément consister à explorer un modèle opérationnel pour la catégorie d’actifs la plus fondamentale dans RWA, plutôt qu’à ouvrir la voie à tous les RWA.

La dynamique concurrentielle a un double impact à surveiller. La participation des banques commerciales en tant qu’émetteurs de stablecoins dans le domaine des RWA peut à la fois favoriser la conformité et la normalisation de l’écosystème, tout en risquant de faire pression sur les plateformes tierces existantes d’émission de RWA. Ce jeu de concurrence et de coopération influencera la trajectoire et l’innovation futures dans le secteur.

IV. Trois bifurcations : différentes logiques d’exploration mondiale

L’expérience de RAKBank n’est pas isolée : à l’échelle mondiale, divers systèmes financiers explorent la participation des banques commerciales à l’émission d’actifs numériques. Comparer ces trajectoires permet de mieux comprendre cette tendance dans sa globalité.

Des pratiques variées sous une même philosophie illustrent la diversité des chemins. Avant même l’annonce de RAKBank, JPMorgan a annoncé le déploiement de son jeton de dépôt JPM Coin sur le réseau Canton, soutenu par Goldman Sachs, BNP Paribas et d’autres institutions. Contrairement au projet de RAKBank, qui vise un large éventail de scénarios, JPM Coin se concentre principalement sur le règlement instantané et les transactions transfrontalières pour ses clients institutionnels. Ces différences reflètent des stratégies adaptées aux bases clients et aux priorités de chaque banque.

Les différences de philosophie réglementaire façonnent des environnements institutionnels distincts. Alors que les Émirats autorisent les banques commerciales à émettre des stablecoins sur des blockchains publiques ou semi-publiques, des marchés comme les États-Unis ou Hong Kong privilégient des réseaux fermés, réservés aux institutions, avec une forte isolation des risques. Ces divergences traduisent des attitudes différentes des régulateurs sur la « capacité de composabilité publique » des monnaies programmables, et déterminent les rôles que peuvent jouer les banques dans chaque contexte.

L’évolution du cadre de régulation du capital offre un référentiel de conformité. La Hong Kong Monetary Authority a annoncé qu’à partir de janvier 2026, elle appliquera les normes du Comité de Bâle sur la gestion des risques liés aux actifs cryptographiques, classant les stablecoins conformes et soutenus par des réserves suffisantes dans la « catégorie 1b des actifs cryptographiques », avec un traitement en capital similaire à celui des actifs traditionnels. Ce cadre réglementaire clair fournit un socle pour que les banques commerciales explorent la tokenisation d’actifs dans un cadre conforme.

Les choix technologiques influencent la vitesse de développement. Les différences dans l’infrastructure blockchain, les standards d’interopérabilité et les technologies de protection de la vie privée adoptés par chaque pays ou région impactent la trajectoire technologique et la rapidité d’intégration des banques dans l’émission d’actifs numériques. Ces décisions techniques, combinées aux politiques réglementaires et à la demande du marché, façonnent la spécificité de chaque écosystème financier numérique.

V. Dernier obstacle avant la massification

Le projet de stablecoin de RAKBank peut être considéré comme un cas clé pour observer l’évolution du secteur des RWA. Alors que l’industrie passe d’une phase d’expérimentation technologique à une tentative d’application à grande échelle, plusieurs défis concrets apparaissent.

Le besoin d’infrastructures robustes est une condition préalable à la massification. L’analyse sectorielle montre que la tokenisation d’actifs évoluera progressivement de l’expérimentation à l’usage pratique. Dans ce processus, la standardisation des opérations, notamment KYC/AML, audits de réserve, et processus de rachat conforme, que RAKBank doit mettre en place, sera essentielle pour intégrer efficacement les actifs traditionnels dans le monde numérique.

La résolution du problème d’interopérabilité est urgente. La manière dont les tokens d’actifs émis par différentes banques ou dans différents pays pourront réaliser des échanges inter-chaînes et une liquidité agrégée constitue un défi technologique et commercial. La plateforme d’interopérabilité cross-chain en développement par JPMorgan et la DBS de Singapour en est un exemple. La capacité à assurer une interopérabilité efficace déterminera l’étendue et la rapidité de l’application de la tokenisation d’actifs.

La reconnaissance juridique progressive nécessite une accumulation pratique. La définition du statut juridique des preuves numériques sur la blockchain, ainsi que la gestion judiciaire en cas de litige, nécessitent encore de nombreux cas concrets pour clarifier la situation. Bien que les smart contracts puissent automatiser l’exécution, leur compatibilité avec le droit commercial et le droit de la faillite dans chaque pays demande du temps et de la pratique. Ce processus de reconnaissance juridique sera probablement progressif.

L’épreuve réelle de l’acceptation du marché déterminera le succès final. Que ce soit pour les entreprises ou les particuliers, la large adoption ne se produira que lorsque l’utilisation de ces tokens numériques offrira des coûts, une rapidité ou une expérience fonctionnelle supérieurs aux outils existants. L’acceptation du marché dépend non seulement des caractéristiques techniques, mais aussi de l’expérience utilisateur, des effets de réseau et des coûts de transition.

Trois variables clés influenceront la progression. La concrétisation de cette transition dépendra de la constance de la régulation, de la mise en œuvre effective de l’interopérabilité entre systèmes, et de la volonté des acteurs économiques de supporter le coût de la « programmabilité ». L’interaction de ces trois facteurs déterminera dans quelle mesure l’idée d’une banque commerciale comme « hub d’émission » pour les RWA pourra devenir réalité.

Lorsque le stablecoin dirham de RAKBank commencera à circuler sur la blockchain, il représentera non seulement le lancement d’un nouveau produit financier, mais aussi une expérimentation de la fusion entre le système financier traditionnel et l’écosystème numérique. Le résultat de cette expérience influencera non seulement la stratégie d’une banque ou d’un pays, mais pourrait aussi servir de référence pour la transformation numérique du système financier mondial.

La réussite de la transformation des banques commerciales en « hubs d’émission » pour les RWA dépendra autant de l’innovation technologique et de la stratégie commerciale que de l’évolution réglementaire et du choix du marché. Dans cette dynamique complexe, maintenir une approche expérimentale flexible et une gestion prudente des risques sera peut-être plus important que de tirer des conclusions hâtives. L’évolution du système financier est un processus progressif, et la révolution à l’ère numérique ne fait pas exception.

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